samedi 8 octobre 2016

"Pourquoi nous sommes tous des djihadistes", de Montasser Alde'Emeh





Qu’y a-t-il dans la tête des jeunes djihadistes qui quittent la France, la Belgique, les Pays-Bas ou l’Angleterre ? Qu’y a-t-il dans la tête d’un jeune né ici, éduqué ici, qui part combattre dans un pays dont il ignorait l’existence il y a cinq ans ? Cette question nous hante tous. Alors que bon nombre d’experts ou de journalistes livrent leurs commentaires, loin du théâtre des combats, l’auteur, un jeune chercheur belgo-palestinien, a décidé, pour ses recherches, de s’infiltrer en Syrie et de rejoindre un groupe de jeunes djihadistes européens. Il a vécu, dormi, mangé, passé les frontières avec eux. En partageant leur quotidien, il a tenté de comprendre leurs motivations. Et ses conclusions sont étonnantes, loin des poncifs de certains. Aujourd’hui, Montasser AlDe’emeh a fondé un centre de « dé-radicalisation », comme aiment l’appeler les autorités, un centre de « la connaissance », comme il aime, lui, le nommer. Au-delà de son histoire incroyable, il livre ici l’analyse, probablement la plus fine et la plus pertinente à ce jour, d’un phénomène qui tétanise l’Occident. Une enquête sociologique d'un spécialiste du djihad pour comprendre les motivations de certaines convictions et radicalisations religieuses




Pourquoi nous sommes tous des djihadistes est un témoignage, un témoignage de Montasser Alde'emeh qui est chercheur dans une université et qui décide de ne plus rester à réfléchir et à établir des théories avec toutes sortes d' "informations" et de "on-dit" ; en effet celui-ci va prendre la décision de partir en Syrie en s'infiltrant dans un groupe de jeunes djihadistes européens ; à ces risques et périls, pour comprendre comment de jeunes adultes qui ont la vie devant eux, peuvent quitter leur proches et s'en aller pour un pays... en guerre.

J'ai tout de suite admiré le courage de cet homme qui décide de partir pour un pays si dangereux et d'en plus, s'infiltrer dans un groupe djihadiste tout en avouant parfois qu'il est chercheur ; nous lecteur, voyons tout de suite l'implication de cet homme dans son métier certes, mais surtout d'un point de vue personnel. Il part sans prévenir sa famille, et est inquiet, mais ne va pourtant pas reculer devant les péripéties qui l'attendent, et c'est quelque chose que tout le monde peut respecter et que peu aurait le courage de faire, même avec beaucoup de volonté !

Montasser Alde'emeh part pour essayer de comprendre. Comprendre est peut-être un mot assez difficile à accepter étant donné l'horreur de la guerre, l'horreur des actes commis : mais ce qu'il essaie de comprendre ici, c'est pourquoi, pourquoi ces jeunes européens qui n'ont peut-être pas tout mais qui ont beaucoup de choses, partent, quittent leurs proches sans aucun scrupule ; Montasser Alde'emeh ne le juge pas, car lui aussi a un passé tumultueux, lui aussi s'est radicalisé il y'a des années de cela. Il ne s'en cache d'ailleurs pas, en dévoilant même au grand jour des photographies de lui, une arme à la main. Alors oui, il est en mesure de comprendre, ou du moins de savoir pourquoi.


"Il y'a quelques temps, j'ai fais une lecture dans une école de Malines. J'ai été invité par le professeur de religion islamique pour faire une leçon sur le conflit en Syrie et en Irak, le conflit israélo-palestinien et leurs conséquences. Les élèves, âgés de 16,17, ou 18 ans, étaient enthousiastes d'avoir une leçon sur les événements qui secouent le monde. Je leur ai demandé ce qu'était le djihad. Malgré le fait que le groupe comptait des musulmans, personne n'a pu me dire ce qu'était le djihad.

Je me suis alors levé, j'ai désigné une élève africaine. Je lui ai demandé d'où elle venait. Elle m'a répondu du Rwanda. Je lui ai dit "Amakaro" (Comment vas-tu?). A quoi, elle m'a répondu dans un beau sourire "Nimeza" (Ça va). Elle m'a demandé où je l'avais appris. Je lui ai dit que, lorsque je rencontrais des gens d'autres cultures, je leur demandais quelques phrases dans leur langue, pour témoigner d'un ouverture vers leur culture, justement. Je me suis alors tourné vers les autres élèves et leur ai demandé qui connaissait l’histoire de cette camarade, de ses racines, sa vie, ce qu'avaient vécu ses parents. Il y'a eu un grand silence.

Je me suis à nouveau adressé à cette élève. Et je lui ai demandé si elle n'avait jamais réfléchi et lu sur le génocide commis. Elle m'a répondu que ses parents en avaient parlé. J'ai alors apostrophé les autres élèves: "Saviez-vous cela?" Personne ne le savait. Même après avoir vécu des années avec elle. J'ai apostrophé le professeur: "Pourquoi ne pas avoir parlé de ce qui vivent vos élèves? Donner une place à cette jeune fille dans la société ne peut se faire que si l'on s'intéresse à ce qu'elle a vécu. Une personne ne se sent reconnue qui si on reconnaît ce qu'elle a vécue. 
J'ai demandé à un autre élève d'oû il venait. Il m'a répondu de Tchétchénie. J'ai demandé aux autres élèves, s'ils savaient ce qui s'est passé à Grozny par le passé. Personne n'a su répondre.
J'ai alors dit qu'il fallait parler, apprendre à se connaître, être ouvert à l'autre, apprendre quelles étaient les origines de chacun, d'où il venait et ce qu'il avait vécu. Comment peut-on se côtoyer des années et ne pas se connaître? C'est la responsabilité des élèves, mais aussi des professeurs.


Moi-même, lorsque je ne trouvais pas ma place dans la société, lorsque j'étais en crise d'identité parce que j'avais le sentiment de grandir dans et entre deux mondes, lorsque je ne me sentais pas comprit, lorsque j'éprouvais de la haine et que je ne ressentais que l'exclusion de la Belgique, j'ai aussi voulu aller combattre. J'avais le sentiment d'être seulement toléré, mais pas totalement accepté. J'avais aussi "mes raisons" de partir."

Mais surtout, au-delà de chercher à comprendre, l'auteur de ce témoignage va aussi chercher à NOUS faire comprendre; les chapitres alternant son témoignage, son voyage en Syrie, et des parties consacrées à l'histoire, l'histoire de cette guerre, l'histoire de l'Islam, mais surtout l'histoire des gens qui ne l'ont pas comprit. Car en effet, je pense que l'une des nombreuses utilités de ce témoignage et non seulement de mieux comprendre l'Histoire, mais aussi de répondre et éviter les amalgames, bien trop nombreux ; par exemple, l'auteur nous explique les deux sens de djihad. Djihad, cela signifie, à la base, le combat ; mais non pas le combat armé, mais le combat intérieur, la manifestation de la force à l'intérieur de nous, pour en ressortir plus fort. Aujourd'hui pourtant, le mot Djihad est un mot qui effraie, car au fur et à mesure du temps, il a été détourné, détourné pour parler du combat armé et de la violence gratuite et sans nom.



Dès les premières pages j'ai été captivée par ce témoignage: parce que c'est un sujet d'actualité évidemment, qui intrigue et effraie, mais aussi par l'accessibilité de celui-ci, qui n'est pas seulement pour les universitaires ou autre. Que vous connaissiez sur le bout des doigts ou non ce sujet d'actualité, ce témoignage est tout à fait abordable et intéressant. Le Moyen-Orient et ses guerres, le terrorisme, la religion : ce sont en effet des sujets hyper complexes, et ce témoignage pourra tout à fait vous éclairer ; la lecture n'est pas compliquée mais est au contraire très fluide. J'aurais peut-être aimé encore plus voir le "voyage" de l'auteur en Syrie, mais les parties historiques ont aussi leur importance.

Car à l'aide de ce témoignage, l'auteur nous transmet la valeur de connaissance de l'autre: apprendre à connaître autrui pour mieux comprendre autrui. Comment voulez vous comprendre quelqu'un lorsque vous ne connaissez pas ses origines ou son vécu?




UN TÉMOIGNAGE SUR UN SUJET GLAÇANT MAIS QUI NOUS APPREND BEAUCOUP, PEUT-ETRE EN RESSORTIREZ VOUS AVEC UN POINT DE VUE DIFFÉRENT SUR LE SUJET

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Merci aux éditions Jourdan avec qui je suis maintenant partenaire, et j'en suis très heureuse 

6 commentaires:

  1. Ce livre a l'air très intéressant, je pense le lire un jour, il est tellement d'actualité...

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    1. Oui je te le conseille! Et malheureusement il est en effet d'actualité...

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  2. Malgré sont intérêt évident et le fait qu'il soit d'actualité, ce n'est vraiment pas le genre de livre qui me tente. Un peu trop réel et choc pour moi. J'ai besoin de m'évader dans mes lectures...

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  3. Félicitation pour ton nouveau partenariat ❤️
    J'ai un roman qui traite du Djihadisme dans ma PAL : Dans la peau d'une Djihadiste d'Anna Erelle. Ce sujet est d'actualité et même si cela peut être intéressant, je ne suis pas certaine de vouloir le lire tout de suite.

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